mardi 6 avril 2010

La communication marketing ne vaut guère mieux que le papier hygiénique.

Allons, allons, ce n’est pas ce que vous pensez. Je ne fais pas de comparaison scatologique ici.

J’ai plutôt lu avec grand intérêt le dossier sur le branding dans le dernier numéro d’InfoPresse. Le débat sur le crowdsourcing d’un logo sur le web m’a renversé par l’incapacité grandissante de cette industrie dont je fais partie à se démarquer et à justifier sa « marque » et sa propre utilité.
En fait, ce qui est renversant, c’est qu’à la base notre objectif premier est de convaincre les consommateurs qu’il n’y a pas d’autres produits ou services identiques à ceux offerts par nos clients, ce qui justifiera, à moyen terme, un prix plus élevé que la concurrence, une certaine loyauté, etc. 

Or, comment cela se fait-il que nous soyons de plus en plus incapables de convaincre nos propres clients et prospects, et parfois même nous-mêmes, de la justesse de cette promesse.
C’est quand même mystifiant. C’est comme si un comptable faisait des erreurs d’addition dans ses propres factures ou était incapable de balancer ses propres livres. Si c’était le cas, ferions-nous toujours confiance à ce comptable? Certainement pas. Et bien notre industrie en est exactement là. Incapable de convaincre les autres et elle-même de son importance, de sa compétence et de sa différence stratégique.

L’industrie, soi-disant spécialisée en persuasion, est donc incapable de se persuader elle-même de sa valeur ajoutée, voire même l’utilité de son existence.

Ma conjointe me reproche à l’occasion d’acheter des produits de marque privée au supermarché –« Tu n’as pas honte un peu, toi le spécialiste en marques » - « Non! ». Si je le fais, comme plusieurs milliers d’autres consommateurs, c’est que je ne perçois pas la valeur des autres marques dites nationales et qui commandent une prime de prix. Pourquoi paierais-je plus cher du papier hygiénique alors que ça finit au même endroit et que je ne perçois pas l’avantage à payer 2 piastres de plus. Pourquoi les récompenserais-je pour un travail de persuasion si mal fait? Et bien, voilà mesdames et messieurs, la communication c’est comme du papier hygiénique.

De plus, le débat auquel je fais référence et qui met de l'avant plusieurs intervenants du monde du design est loin d’être édifiant (cela dit, on aurait certainement les mêmes remarques de toutes les autres disciplines des communications) : « Le crowdsourcing… fait des logos totalement générique et manque de personnalité » dixit le président de l’Association des designers industriels du Canada… Cette affirmation est basée sur quoi exactement ? Avez-vous vu tous les logos génériques qui sortent des ateliers québécois ?

Le but ici est de se distinguer. Tout est question de perception donc. Si le client ne voit pas et ne comprend pas pourquoi il doit payer 10,000$ pour un logo, et un logo à 100$ fait l’affaire. Ce n’est pas le client le problème, surtout si c’est une tendance lourde, c’est l’industrie qui doit résoudre SON problème.

Vous pensez que je crache mon venin sur les designers. Mais nous sommes TOUS responsables de cette situation et nous devons TOUS se distinguer à notre façon. Je ne fais pas exception, lorsque quelqu’un me demande le prix pour développer un nom distinctif, unique, disponible légalement et en nom de domaine, il sursaute une fois sur deux lorsque le devis est présenté. Mais lorsque la « vente » est terminée et qu’il comprend que c’est un processus bien réfléchi, que ce n’est pas des noms sortis d’un chapeau, qu’il y a des filtres marketing,  linguistique, légal; on utilise les mêmes outils de validation légale que les agents de marque. Et bien, il comprend la différence entre nous et un gars qui fait ça sur un coin de table. Ça ne marche pas à tous les coups, mais il y a une plus value, une différenciation. Moi j’en vois des logos génériques faits ici même au Québec. Quand avez-vous vu un designer faire une recherche dans les bases de données pour s’assurer que son logo est unique AVANT de le présenter au client ? Poser la question c’est y répondre. Je le crains.

1 commentaires:

Patrick Pearce a dit…

Et les marques privées en Angleterre alors ? Incroyable en diversité de choix, qualité générale et part de marché - la comm peut encore se réinventer aussi. Mais comme le papier hygiénique, peut-être que les clients sont en train de vivre une grosse désimplication de la communication au profit des médiaux sociaux et, esperons le, d'un rééquilibre du rapport de pouvoir entre individus et industriels. Chose certaine, les clients ont le branding et les communications qu'ils méritent.